Shampoing sans sulfate ni silicone : lire l’étiquette INCI en 2 minutes

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En cabine d’essayage, j’ai vu passer des dizaines de clientes convaincues d’utiliser un shampoing « doux » simplement parce que l’étiquette l’affirmait en gros caractères. Le seul endroit où l’information est fiable, c’est la liste des ingrédients au dos du flacon, écrite en nomenclature INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Une fois qu’on sait la lire, deux minutes suffisent pour trancher.

Pourquoi la liste INCI et pas l’étiquette marketing

La nomenclature INCI est un standard international qui désigne chaque ingrédient cosmétique par un nom unique, le plus souvent en latin ou en anglais scientifique, quel que soit le pays de vente. C’est ce qui permet de comparer deux produits de marques différentes sans se laisser distraire par les promesses de packaging. Les ingrédients y sont classés par ordre de concentration décroissante : les trois ou quatre premiers noms représentent l’essentiel de la formule, le reste n’est souvent présent qu’en traces.

La nomenclature INCI est le système de désignation harmonisé des ingrédients cosmétiques, utilisé dans l’Union européenne pour garantir une information identique sur tous les produits, quel que soit le pays de fabrication.

La méthode en 4 étapes, celle que je donne en cabine

  1. Retourner le flacon et chercher le bloc de texte qui commence en général par « Aqua » ou « Water » — c’est presque toujours le premier ingrédient d’un shampoing, l’eau étant le solvant principal.
  2. Lire les trois à cinq noms suivants sans se laisser décourager par le latin : ce sont eux qui pèsent le plus dans la formule, et donc dans son effet réel sur la fibre.
  3. Chercher les suffixes qui trahissent un sulfate — tout ce qui contient « Sulfate » dans le nom — et ceux qui trahissent un silicone — tout ce qui se termine en « -cone », « -conol » ou « -xane ».
  4. Vérifier la position : un silicone en toute fin de liste, en dessous des conservateurs et des parfums, n’est présent qu’en trace infime et pèse peu ; le même ingrédient en deuxième ou troisième position domine toute la formule.

Se méfier de la mention « sans sulfate » sur le packaging

Un flacon peut légitimement afficher « sans sulfate » tout en contenant un autre tensioactif tout aussi décapant, ou inversement afficher un packaging épuré et vertueux tout en plaçant un SLES en deuxième position. La mention marketing porte sur un ingrédient précis, jamais sur l’ensemble de la formule — c’est là que la liste INCI reprend tout son intérêt : elle seule donne la photographie complète du produit, sans angle mort.

Les sulfates : repérer les tensioactifs agressifs

Les sulfates sont des tensioactifs, c’est-à-dire les molécules qui font mousser et qui décollent le sébum et les impuretés. Le souci, c’est qu’ils décapent aussi le film hydrolipidique du cuir chevelu et ouvrent l’écaille du cheveu, ce qui fait dégorger la couleur et frise les cheveux poreux. Les deux à traquer en priorité figurent presque toujours dans les trois premiers ingrédients :

  • Sodium Lauryl Sulfate (SLS) — le plus agressif, à éviter sur cheveux colorés, bouclés ou crépus.
  • Sodium Laureth Sulfate (SLES) — un cran plus doux que le SLS mais reste décapant sur cuir chevelu sensible.

Les silicones : repérer ce qui « gaine » sans nourrir

Les silicones enrobent la fibre capillaire d’un film lisse qui donne une impression immédiate de douceur et de brillance — un effet flatteur en cabine d’essai, beaucoup moins sur la durée, car ce film empêche les soins suivants de pénétrer et finit par alourdir la fibre. On les repère à leur terminaison caractéristique : tout ce qui se termine en -cone, -conol ou -xane.

Tableau de lecture rapide

Nom INCI Famille Rôle À éviter / OK
Sodium Lauryl Sulfate (SLS) Tensioactif sulfaté Nettoyant moussant puissant À éviter — cheveux colorés, bouclés, cuir chevelu sensible
Sodium Laureth Sulfate (SLES) Tensioactif sulfaté Nettoyant moussant À éviter — même logique, un peu plus doux
Coco-Glucoside Tensioactif doux (sucre de coco) Nettoyant sans sulfate OK — méthode Curly Girl compatible
Decyl Glucoside Tensioactif doux Nettoyant, base lavante douce OK — bon pour cuir chevelu réactif
Dimethicone Silicone Gainage, brillance immédiate À éviter en usage régulier — alourdit et empêche l’hydratation
Amodimethicone Silicone « conditionnante » Démêlage, anti-frisottis À limiter — se rince mal sans sulfate, s’accumule
Cyclopentasiloxane Silicone volatile Texture soyeuse, film léger Tolérable en trace, à éviter en tête de liste

Le cas particulier des cheveux bouclés et afro

Pour les cheveux bouclés, frisés ou crépus, la question dépasse la simple préférence : la méthode Curly Girl, popularisée par la coiffeuse américaine Lorraine Massey, recommande d’exclure sulfates et silicones non hydrosolubles pour préserver l’hydratation naturelle de la fibre, qui a déjà du mal à descendre le long des boucles. C’est aussi la fibre la plus fragilisée par un lavage trop décapant répété.

La période de transition, souvent mal comprise

En passant d’un shampoing sulfaté à une base glucoside, beaucoup de mes clientes ont paniqué devant des cheveux qui paraissaient plus ternes ou plus raides les deux ou trois premiers lavages. C’est un phénomène connu dans la communauté Curly Girl : le cuir chevelu et la fibre mettent quelques semaines à se débarrasser des résidus de silicone accumulés, le temps que la nouvelle base lavante, plus douce, fasse son travail en profondeur sans « arracher » d’un coup ce que les silicones avaient scellé. Passé ce cap, la fibre retrouve en général plus de souplesse et de définition naturelle, en particulier sur boucles et frisures.

Et le cuir chevelu dans tout ça

Un cuir chevelu qui gratte, qui tiraille ou qui regraisse vite après un sulfate agressif n’est pas anormal — c’est souvent le film hydrolipidique qui peine à se reconstituer entre deux lavages. Passer à une base lavante douce (glucosides) espace en général les lavages sur quelques semaines. En cas de pellicules persistantes, de rougeurs ou de démangeaisons qui ne s’améliorent pas, mieux vaut consulter un dermatologue plutôt que de multiplier les changements de shampoing : certaines dermatoses du cuir chevelu se soignent, elles ne se « shampoinent » pas.

Ce qu’il faut retenir avant l’achat

Pas besoin de mémoriser des dizaines de noms INCI : il suffit de repérer les suffixes « Sulfate » et « -cone/-conol/-xane » dans les cinq premiers ingrédients, et de garder en tête que la position dans la liste compte autant que la présence elle-même. Une base lavante en Coco-Glucoside ou Decyl Glucoside en tête de liste est un signal fiable, quel que soit le prix du flacon ou la promesse imprimée dessus.

Pour aller plus loin sur la réglementation des ingrédients cosmétiques, l’ANSM publie les textes de référence sur la sécurité des produits cosmétiques en France.

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